« Faut-il croire les applis de suivi du sommeil ? »
Date de publication : 4 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Delphine Chayet note dans Le Figaro que « les bracelets et bagues connectés, qui promettent une surveillance fine et complète du sommeil, sont utilisés tant par des individus en bonne santé qui cherchent à améliorer leurs performances que par des personnes insomniaques. Mais sont-ils vraiment fiables et bénéfiques au repos de leurs utilisateurs ? ».
Le Pr Damien Léger, responsable du Centre du sommeil et de la vigilance, à l’Hôtel-Dieu (Paris), indique ainsi que « de plus en plus de gens me demandent en consultation ce que je pense de ces objets. En clinique, c’est un outil très intéressant pour cerner le profil de dormeur du patient : la longueur des nuits, les réveils nocturnes ainsi que les différences de rythme entre le week-end et la semaine, etc. ».
La journaliste observe que « les montres connectées seraient en effet plus précises que les «agendas du sommeil» empreints de subjectivité que les patients remplissent au jour le jour ».
Le Pr Léger indique qu’« elles sont très utiles pour évaluer l’efficacité des thérapies mises en place dans le service ».
Delphine Chayet note qu’« une étude internationale publiée en 2025 les recommande aussi pour un suivi à long terme à des fins de «connaissance de soi» et de prévention. Selon les experts, les capteurs peuvent en effet aider leurs utilisateurs à identifier et corriger de mauvaises habitudes ».
La journaliste relève que « ces dispositifs ont cependant leurs limites ». Philippe Cabon, spécialiste de la gestion du sommeil et de la fatigue des salariés travaillant en horaires atypiques, précise qu’« ils utilisent une multitude de capteurs – mouvements, température, rythme cardiaque, respiration… – et d’algorithmes différents qui sont entraînés sur des personnes en bonne santé et ne sont pas toujours validés par des études scientifiques. Il faut donc garder à l’esprit que les résultats peuvent être imprécis, voire faux ».
Delphine Chayet souligne ainsi qu’« une attention excessive portée à ces données peut être délétère. En mars, une étude menée en Norvège a montré que le recours aux montres connectées entraînait une hausse de l’anxiété chez 11% des participants et des préoccupations liées au sommeil (17%). Le phénomène de focalisation était plus marqué chez les personnes souffrant d’insomnies ».
La journaliste indique que « pour éviter cet effet indésirable, les médecins recommandent de ne pas consulter ses performances nocturnes au jour le jour, mais de suivre les courbes sur plusieurs semaines pour identifier ses schémas d’endormissement. Des nuits de moins de 7 heures sont associées à une augmentation des risques pour la santé. Les données recueillies pourront constituer un support de discussion avec un professionnel de santé, si un trouble du sommeil est suspecté ».
« “Ces gens transforment les patients en clients” : plongée dans le vaste monde des “coachs en nutrition” sur les réseaux »
Date de publication : 4 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Nicolas Berrod et Marie Campistron relèvent en effet dans Le Parisien que sur les réseaux sociaux, « ces influenceuses en bien-être cumulent chacune des milliers, parfois même des centaines de milliers d’abonnés. Ces comptes se multiplient, laissant les médecins sceptiques voire inquiets face à certains conseils qu’ils jugent au mieux «fantaisistes», au pire «dangereux» ».
Les journalistes expliquent que « l’influence de ces conseillers ne cesse de s’étendre sur Instagram et TikTok. Au milieu de ces assiettes saines et colorées, des conseils, bien souvent inoffensifs, fleurissent : varier son alimentation, bien s’hydrater, avaler davantage de fibres, etc. D’autres semblent plus fantaisistes, comme de débuter ses repas par des protéines ou un verre d’eau chaude ».
Ghislain Grodard-Humbert, président de l’Association française des Diététiciens Nutritionnistes (AFDN), déclare que « ces conseils santé ne sont pas à prendre à la légère : ils peuvent, dans certains cas, aggraver des troubles alimentaires ».
Thibault Fiolet, épidémiologiste et docteur en santé publique, remarque pour sa part que « n’importe qui peut se qualifier de coach en nutrition ou nutrithérapeute, au risque de tomber dans l’exercice illégal de la profession de diététicien (un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende). Ces gens transforment les patients en clients ».
Nicolas Berrod et Marie Campistron observent que « de nombreuses «coachs» profitent d’ailleurs de leurs posts pour faire la promotion de marques de produits alimentaires, accompagnées de l’inscription «collaboration commerciale», comme le prévoit la loi. D’autres renvoient vers leur site personnel, sur lequel elles proposent des livres et des programmes conçus sur mesure pour plusieurs centaines d’euros ».
« Comment expliquer le succès de ces comptes au contenu plus ou moins inspiré ? Le phénomène d’identification induit par les réseaux n’y est pas étranger », continuent les journalistes. La Pre Clémentine Hugol-Gential, chercheuse, indique qu’« en créant un lien de proximité avec leur audience, certains influenceurs peuvent sembler très rassurants. D’autres vont jouer aussi sur le côté spectaculaire avec des formats avant/après, en donnant l’illusion que changer de physique ne dépend que de la bonne volonté de la personne ».
Nicolas Berrod et Marie Campistron ajoutent que « ces conseils se retrouvent particulièrement dans des thématiques liées à la santé féminine (endométriose, post-partum, ménopause…) et à l’infertilité ». Clémentine Hugol-Gential déclare ainsi que « ces sujets ont été jusqu’ici très peu pris en charge par la médecine conventionnelle. Cela donne alors un boulevard pour des contenus qui peuvent vite dériver vers de la fausse information ».
Les journalistes s’interrogent : « Comment les autorités peuvent-elles réagir au milieu de ce fourre-tout numérique, où tous les avis semblent se valoir ? Des professionnels plaident pour mieux encadrer l’activité de «coach en nutrition», en imposant par exemple un message de prévention dans ces vidéos ».
Ils ajoutent que « les agences gagneraient aussi à être plus présentes sur les réseaux ». Thibault Fiolet, « qui compte lui-même plus de 40.000 abonnés sur Instagram », rappelle qu’« on y trouve déjà des médecins, mais qui ne sont pas tous experts ou scientifiques. Il faudrait plus de personnes de l’Inserm, du CNRS, de Santé publique France, etc., pour faire de la pédagogie. Les gens qui travaillent dans ces agences se disent peut-être, à tort, que ce n’est pas de leur âge… ».
« Une appli pour aider les jeunes à traverser les crises suicidaires »
Date de publication : 6 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Quentin Benoist indique en effet dans Le Figaro : « Appeler un proche, écouter une playlist réconfortante, revoir des photos heureuses, pratiquer un exercice de respiration… Voici certaines des fonctionnalités proposées par la nouvelle application mobile BAE (pour « Before anyone else »), destinée aux jeunes pour lutter contre leurs pensées suicidaires ».
Le journaliste explique que « le lancement de cette application par la Fondation FondaMental intervient dans un paysage national particulièrement sombre. Selon des données publiées par la Fédération hospitalière de France en avril 2026, les hospitalisations pour tentative de suicide ont augmenté de 16% au niveau national entre 2019 et 2024. Et les chiffres sont encore plus préoccupants chez les adolescentes : + 118% pour les jeunes filles de 10 à 14 ans, + 76% pour les 20-24 ans en à peine cinq ans ».
« Une détérioration de la santé mentale qui a émergé pendant le premier confinement mais qui, depuis, continue à progresser. Les raisons évoquées sont nombreuses : isolement social, omniprésence des réseaux sociaux, fragilisation économique… Mais il n’y a pas de consensus pour expliquer l’ampleur du phénomène », observe Quentin Benoist.
Il rappelle que « les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs dispositifs : le numéro national 31 14, gratuit et disponible 24 heures sur 24, ou encore MonSoutienPsy. […] Mais ces mesures se heurtent au manque de professionnels de la santé mentale ».
La Pr Marion Leboyer, psychiatre et directrice générale de la Fondation FondaMental, remarque ainsi qu’« il n’y avait pas grand-chose, voire rien, pour venir en aide à un jeune au moment où il est exposé à des idées suicidaires ».
Quentin Benoist explique que « c’est ce vide que vient combler l’application BAE. Développée avec le CHU de Montpellier, l’Inserm et le CHU Robert Debré avec le soutien de la région Île-de-France, elle propose à chaque adolescent à risque de construire, avec son médecin et ses parents, un plan d’action personnalisé activable lors des moments de crise ».
Le journaliste précise que « l’application intègre plusieurs fonctionnalités, notamment des autoévaluations quotidiennes de l’état émotionnel pour détecter les signes de détresse, un journal intime pour écrire librement ses pensées et ses émotions, une liste de projets personnels motivants, et un bouton d’urgence pour contacter directement le 31 14 ou le Samu en cas de crise ».
Quentin Benoist ajoute que « la particularité de BAE est de fonctionner en réseau sécurisé entre trois acteurs : le jeune, son parent (ou un proche de confiance) et son médecin. […] Les parents, en ayant accès à ces informations, peuvent ainsi mieux évaluer l’état de leur enfant et l’accompagner ».
« La confidentialité a fait l’objet d’une attention particulière : l’accès à l’application est protégé par un code, afin qu’aucun proche ne puisse en consulter le contenu sans autorisation du jeune », continue le journaliste.
Le Pr Philippe Courtet, responsable du service urgences et post-urgences psychiatriques au CHU de Montpellier, déclare ainsi que « les parents sont les aidants principaux tandis que le personnel soignant peut accompagner à la mise en place de technique de respiration, de relaxation, de méditation ».
« Café, vitamines, Ritaline : la dangereuse course aux stimulants des étudiants pendant les révisions »
Date de publication : 18 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Sidonie Blaise note dans La Croix que « sous pression à l’aube des examens, 38% des jeunes Français recourent à des stimulants pour étudier, selon une récente étude. Au-delà du café ou des vitamines, l’usage détourné de certains médicaments comme la Ritaline les expose à de lourds risques pour la santé ».
La journaliste observe ainsi : « Étudiants en médecine ou candidats à un concours, ils voient les produits stimulants comme un antidote aux montagnes de révision et de stress qu’ils doivent gravir. […] Une étude de l’entreprise de soutien scolaire Les Sherpas […] révèle que 38% des 14-20 ans ont recours au café (17,9%), aux vitamines (14,9%), boissons énergisantes (11%) voire aux médicaments (4%) pour réviser. Sans oublier les poudres énergisantes à sniffer, dont des chercheurs de l’école des Mines de Saint-Étienne ont récemment révélé les dangers ».
Sidonie Blaise précise que « le café reste, sans surprise, le plus consommé pendant les révisions. Dans des proportions parfois problématiques. Katia, 22 ans, a commencé à en boire au début de son cursus de médecine à l’Université Paris-Saclay : «J’en prends quatre le matin, puis un à 16 heures et un à 19 heures, comme la bibliothèque universitaire ferme à 22 heures.» C’est bien plus que les 3 à 4 tasses recommandées par jour ».
La journaliste continue : « Les effets secondaires ? «Je n’y fais pas trop attention, mais il m’arrive d’avoir quelques tremblements et un peu de tachycardie», avoue-t-elle. Pour autant, celle qui se dit «stressée et sous pression» n’est pas prête à ralentir la cadence, avouant sa dépendance : «C’est devenu un réflexe. Au-delà de l’énergie, j’en ai besoin pour me concentrer en cours» ».
Sidonie Blaise remarque en outre : « Le détournement de Ritaline, nouvelle drogue ? Marianne (le prénom a été modifié), 21 ans, a commencé à prendre de la Ritaline l’année dernière, lorsqu’elle était «débordée» par ses partiels de licence de philosophie. Une de ses amies, atteinte d’un TDAH, lui a fourni ce médicament disponible uniquement sur prescription. Elle découvre alors son «super-pouvoir» : étudier 10 heures d’affilée et se concentrer comme jamais auparavant ».
La journaliste note que « la consommation de Ritaline est pourtant loin d’être sans risque. Jean-Michel Delile [psychiatre et président du conseil scientifique de la Fédération Addiction] rappelle les plus courants : «hypertension, crises d’angoisse ou de paranoïa» et les plus «périphériques : perte de poids, insomnie, décrochage scolaire et dépression» ».
Sidonie Blaise note que « selon l’addictologue, le mésusage de la Ritaline reste «marginal et moins préoccupant qu’aux États-Unis» ».
« Pallidom, le “Samu” des soins palliatifs qui adoucit les fins de vie »
Date de publication : 19 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Agnès Leclair explique dans Le Figaro : « Amener du soin palliatif dans l’urgence : c’est le cœur de la mission de Pallidom. Créé fin 2021, ce «Samu palliatif» est venu combler un manque dans la prise en charge des fins de vie à domicile. Son format : un binôme médecin/infirmière susceptible de se rendre en moins de trois heures au domicile d’un patient ».
La journaliste explique que « l’équipe est appelée par le Samu, le médecin généraliste ou les Ehpad. Sur une ligne téléphonique ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le médecin régulateur de Pallidom peut déclencher la prise en charge après une évaluation de la situation. Après cette première visite, des infirmières ou aides-soignantes prennent le relais au quotidien. Le médecin revient à intervalles réguliers. Plus ou moins souvent en fonction des besoins. Du «sur-mesure» », note Agnès Leclair.
Clément Leclaire, médecin responsable de Pallidom, précise : « On suit les patients le temps que leur situation se stabilise ou jusqu’à leur décès, ce qui arrive dans 75% des cas. Mais ils ne meurent pas tous. 16% voient leur état de santé s’améliorer et 7% sont dirigés vers une unité de soins palliatifs. Pas plus de 1% sont transférés aux urgences. C’est notre plus grande fierté ».
La journaliste observe qu’« alors que la moyenne d’âge des patients de Pallidom s’élève à 85 ans, les interventions en Ehpad représentent 40% de leur activité. Le dispositif permet d’éviter ces conditions déplorables de fins de vie de personnes âgées sur un brancard, dans les couloirs d’un CHU, plutôt qu’entourés de leurs proches ».
Agnès Leclair relève qu’« en 4 ans, cette équipe pionnière de l’AP-HP a pris en charge près de 3000 patients. Après une phase d’expérimentation à Paris et dans les Hauts-de-Seine, Pallidom a été étendu aux 4 départements de la petite couronne, sur un bassin de population de 7 millions d’habitants ».
« L’équipe compte aujourd’hui 10 médecins, 9 infirmières et 2 aides-soignants. Sa capacité à éviter ainsi des hospitalisations inappropriées, grâce à des interventions rapides, a été saluée par la Cour des comptes. Son efficacité a été confirmée par l’agence régionale de santé (ARS) puis par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) », ajoute-t-elle.
La journaliste observe en outre que « le dispositif a inspiré le déploiement de « bébés Pallidom » dans toute la France sous le nom d’«équipes rapides d’intervention en soins palliatifs (ERI-SP)». Et s’est imposé comme une des mesures phare de la nouvelle stratégie décennale soutenue par le ministère de la Santé ».
Agnès Leclair remarque ainsi qu’« à Béziers, Lyon, Nantes ou Angers, 15 ERI-SP ont vu le jour en 2025. En 2026, 15 autres doivent être créées ».
« Addiction aux smartphones : ce n’est pas qu’une affaire de temps d’écran »
Date de publication : 22 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Sidonie Blaise observe dans La Croix que « nombreux sont les parents à limiter le temps d’écran de leurs enfants pour les protéger. Un rapport publié [aujourd’hui] par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) montre que ce type de restriction ne suffit pas. Et pour cause : l’usage problématique des écrans chez les 0-25 ans n’est pas qu’une affaire de quantité, mais aussi de qualité ».
La journaliste explique ainsi que « le temps d’écran ne suffit plus à comprendre les comportements addictifs affirme ainsi le rapport : il faut aussi y inclure les sauts incessants d’une application à une autre, ou encore le déverrouillage répété du téléphone – des centaines de fois par jour ! Autant de réflexes qui provoquent une «fragmentation de l’attention» ».
Sidonie Blaise relève que « grâce à des «applications de suivi installées directement sur les smartphones» qui enregistrent les pages et notifications ouvertes par les usagers, de récentes études retracent le «switching (changement) constant et vertigineux» qui touche particulièrement les adolescents ».
L’OFDT souligne : « Ils changent de contexte toutes les dix à vingt secondes. Ils répondent à un message WhatsApp, vérifient rapidement une notification, retournent à leur vidéo, font une recherche Google rapide, puis reviennent au réseau social ».
La journaliste observe qu’« au-delà des troubles déjà connus, tels le repli social ou les épisodes dépressifs, cette «fragmentation de l’attention» affecte leur santé mentale. La «passivité du défilement (passive scrolling)» à raison de 2 heures par jour, double le risque de troubles anxieux ».
« Même le sommeil est affecté par le scrolling, l’action de faire défiler les contenus sur son écran. Ce n’est pas seulement que l’heure de coucher recule avec les longs temps d’écran. C’est aussi la qualité du sommeil qui est moindre, car le jeune usager est habitué à un état d’hypervigilance », continue Sidonie Blaise.
La journaliste indique que « «scroller» pendant des heures associe en effet deux états contradictoires : la sédentarité de la position et l’hypervigilance de l’esprit, ce qui augmente ensuite les risques d’hypertension lors d’un effort physique. Face à ces constats peu réjouissants, le rapport propose une approche globale et mesurée de ces troubles ».
Sidonie Blaise ajoute que l’OFDT « rappelle aussi que la prévention contre l’addiction aux écrans doit d’abord être humaine ». Ses auteurs écrivent : « La métrologie (ici, mesure de l’usage des écrans, NDLR), aussi sophistiquée soit-elle, ne remplacera jamais l’observation éducative bienveillante et la nécessaire régulation des outils technologiques eux-mêmes ».
« D’autant que la vulnérabilité à l’addiction varie d’un enfant à l’autre », relève la journaliste.
« Jocelyn Raude, professeur en psychologie de la santé : “Ce n’est pas le taux de mortalité élevé d’un virus qui crée une panique, mais la méconnaissance qui l’entoure” »
Date de publication : 25 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Laure Belot remarque dans Le Monde que « l’inquiétude générée par les infections à hantavirus est en partie liée au réveil de la mémoire traumatique de la pandémie de Covid-19 », selon le chercheur Jocelyn Raude, professeur en psychologie de la santé à l’Ecole des hautes études en santé publique.
Ce spécialiste des comportements des populations face aux risques sanitaires observe ainsi que « l’inquiétude a resurgi avec force car des symboles importants ont ravivé la mémoire traumatique de la pandémie de Covid-19, que ce soient la mise en quarantaine du bateau de croisière MV Hondius […] ou la méconnaissance en Europe du hantavirus. Ce mécanisme psychologique, appelé «phénomène d’ancrage», a fonctionné dans les esprits comme une partition datant de 2020 qui pourrait se rejouer en 2026 ».
Jocelyn Raude explique : « On peut dire que l’apparition d’un virus provoque dans la société trois types de réponse. La première est une réaction disproportionnée par rapport à la réalité épidémique, ce qu’on appelle une «panique sanitaire». Une mécanique soudaine et explosive d’attention médiatique et populaire qui se traduit par un pic d’inquiétude (surge of concern) est observée. […] Cette flambée d’attention retombe aussi vite qu’elle est apparue si aucun cas secondaire ne surgit dans les semaines suivantes. […] Sinon, l’inquiétude s’installe durablement ».
Laure Belot poursuit : « Quels sont les autres schémas observés ? »
Le chercheur indique que « celui qui a été constaté lors de la pandémie de Covid-19 est appelé l’«habituation au risque». La population a réagi, au départ, proportionnellement au risque sanitaire, mais elle a fini progressivement par s’en désintéresser même si la menace persistait ».
« Enfin, dans le troisième cas, finalement assez rare, les comportements sont parfaitement rationnels : l’attention de la population, des médias et des institutions sont parallèles à la dynamique de l’épidémie. Cet «effet miroir» est observé pendant les épidémies saisonnières de grippe », précise Jocelyn Raude.
Il explique en outre qu’« en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, on observe 10% à 15% de «surréactifs» et à peu près la même proportion de personnes étant apathiques ou «dénialistes». Ce sont deux manières opposées de tenter de reprendre le contrôle face à l’incertitude et à l’angoisse d’une crise sanitaire ».
Le spécialiste indique que « les surréactifs ont des comportements de précaution extrêmes. Certains se lancent dans une hyperpréparation logistique, s’isolent, constituent des réserves excessives de nourriture, de produits d’hygiène et parfois même de carburants. Mais cette volonté de se protéger à tout prix les pousse à agir de manière contre-productive, telle que porter des gants pour choisir des légumes alors que le virus survit mieux sur le plastique que sur la peau ».
Laure Belot interroge : « Vous avez modélisé le sentiment de peur des citoyens. Quels sont les facteurs qui le déclenchent ? ».
Jocelyn Raude répond que « contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas nécessairement le taux de mortalité élevé d’un virus qui crée une vague d’inquiétude pouvant aller jusqu’à une panique sanitaire, mais la méconnaissance qui entoure la maladie ».
Le chercheur évoque en outre la recherche Previx, pour « modéliser une situation d’alerte sanitaire quasi identique » : « Nous voulons comprendre comment la population française peut réagir face à de nouvelles menaces infectieuses. Notre consortium, composé de virologues, d’épidémiologistes et de modélisateurs, a pour objectif de réaliser des simulations d’épidémies. Celles-ci feront le lien entre des caractéristiques épidémiologiques d’un virus, comme sa létalité ou sa facilité de transmission, et des réponses psychologiques et comportementales des citoyens. Cela afin de pouvoir anticiper les besoins de la population et adapter les actions de santé publique ».
« Anxiété, idées suicidaires, violences sexuelles : les souffrances des étudiants en médecine au coeur d’une enquête alarmante »
Date de publication : 27 mai 2026 Temps de lecture: 2 min

Le Parisien observe que « la santé mentale des étudiants en médecine est mise à rude épreuve. Surcharge de travail, stress, isolement, précarité : leur état est «indéniablement dégradé», selon une nouvelle enquête alarmante publiée […] par l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) ».
Le journal explique que « cette étude a été réalisée grâce aux réponses de 6663 étudiants. […] 52% des répondants présentent «un état anxieux», qui s’appuie notamment sur «l’échelle HAD», utilisée en psychiatrie. Cet «état anxieux» concerne 12,5% de la population générale, selon les données de Santé publique France (SPF). Quelque 13% des étudiants en médecine présentaient eux un «état dépressif» ».
Le quotidien souligne en outre que « 20% «ont eu des idées suicidaires au cours des derniers mois», contre 4,2% de la population générale, selon Santé publique France. Et parmi les concernés, 76% «identifient la scolarité comme l’une des raisons» ».
Le Parisien relève qu’« en stage, 20% des interrogés assurent avoir subi des outrages sexistes, 13% du harcèlement sexuel et 3% une ou des agressions sexuelles. «La grande majorité des auteurs sont des supérieurs hiérarchiques», même si les patients font aussi partie des agresseurs, précise l’étude ».
Le journal note par ailleurs que « les dispositifs de signalement sont «utilisés de manière anecdotique», notamment parce que les victimes pensent que cela «ne sert à rien», ne savent pas à qui s’adresser, ou craignent «des retombées». Six victimes sur dix l’ayant signalé estiment que cela était «inutile» ».
Le Parisien fait savoir que « l’étude déplore aussi la «sédentarité» des étudiants et observe «une consommation relativement importante de certaines substances psychoactives» (poppers, cannabis, protoxyde d’azote…). Environ 42% des répondants ont une «consommation d’alcool à risque» ».
Le quotidien indique enfin que l’Anemf « appelle à prendre des mesures, proposant notamment de mettre en place pour tous les étudiants une «visite obligatoire» régulière auprès d’un service de santé étudiante et un «dispositif formalisé d’écoute psychologique», et d’améliorer la formation des équipes pédagogiques ».
« Elle appelle aussi à «réduire le volume de connaissances exigibles» au concours de sixième année et à revaloriser la rémunération des étudiants stagiaires », remarque le journal.
« Aux États-Unis, l’essor vertigineux du business des bébés sur mesure »
Date de publication : 28 mai 2026 Temps de lecture: 4 min

Mayeul Aldebert constate dans Le Figaro que « des start-up américaines proposent déjà de classer les embryons selon leur risque de maladies, leur taille, leur QI ou leur espérance de vie. Derrière la promesse d’éradiquer Alzheimer ou le diabète, une nouvelle tentation eugéniste s’installe, portée par les milliardaires de la tech ».
Le journaliste évoque notamment la « start-up baptisée Herasight, du nom de la déesse grecque de la fertilité, [qui] a développé discrètement pendant 3 ans un modèle de prédiction polygénique. Elle l’a rendu public en août dernier. L’idée est de lire dans l’ADN d’un embryon les probabilités d’avoir des milliers de maladies ».
Jonathan Anomaly, docteur en philosophie, précise : « On utilise les données de biobanques contenant les séquences génétiques de 500.000 à 1 million de personnes, et on les croise avec leurs dossiers médicaux ».
Mayeul Aldebert explique que « la technique permet de dépister des maladies courantes qui ont des facteurs génétiques comme le cancer, le diabète ou Alzheimer. Mais Herasight, contrairement à d’autres, va plus loin encore en proposant des scores pour la taille, l’IMC, l’espérance de vie et même le QI ».
Le journaliste continue : « D’autres entreprises similaires ont éclos aux États-Unis. Il y a Nucleus Genomics, qui inonde le métro new-yorkais de ses publicités proposant de fabriquer «le meilleur bébé». Il y a Orchid, basé à San Francisco, ou encore Genomic Prediction ».
« Les parents se connectent à un portail pour consulter des graphiques qui indiquent le profil génétique de leurs embryons. Des scores de probabilité sont donnés pour déterminer le risque de troubles bipolaires, de diabète, ou même de calvitie. Parfois, un embryon a quelques pourcentages de chance en plus qu’un autre d’avoir un QI bien au-dessus de la moyenne… ou de souffrir d’anxiété », relève Mayeul Aldebert.
Il souligne toutefois que « pour de nombreux experts, les modèles ne sont pas encore aboutis. Pour la raison principale que les catalogues de données génomiques sont encore trop récents ».
Sam Trejo, sociologue à Princeton, déclare ainsi : « Nous n’en disposons que depuis une vingtaine d’années. Nous n’en avons qu’une grande quantité depuis 5 ou 10 ans. L’une des choses contre lesquelles je mettrais en garde les gens, c’est que, actuellement, ces techniques ne sont pas vraiment efficaces ».
Mayeul Aldebert explique que « la quantité de data varie par exemple selon l’origine ethnique. Certains traits recherchés, comme le QI, sont aussi beaucoup moins bien documentés. Malgré tout, les services se facturent des dizaines de milliers de dollars ».
Le journaliste ajoute que « le succès de ces technologies s’explique d’abord, contrairement à la situation qui prévaut en Europe, où les diagnostics préimplantatoires sont strictement encadrés, par un no man’s land législatif ».
Hank Greely, bioéthicien à Stanford, remarque : « Il y a aussi l’existence d’une importante industrie privée qui profite de la FIV », ainsi que « la croissance technologique de la Silicon Valley, avec ces milliardaires qui veulent vivre éternellement et avoir des enfants surdoués ».
Mayeul Aldebert note en outre qu’« un nouveau rêve prométhéen s’est récemment démarqué, celui de la modification génétique. Le Wall Street Journal a révélé que Sam Altman, PDG d’OpenAI, et son époux, Brian Armstrong, cofondateur de Coinbase, soutenaient financièrement une petite start-up nommée Preventive, créée il y a tout juste un an. Elle préparerait discrètement un coup de théâtre scientifique, la création d’un enfant issu d’un embryon génétiquement modifié ».
Le journaliste rappelle que « les technologies de modification génétique, qui permettent de couper, de modifier ou d’éditer des segments d’ADN, sont très récentes. Mais leur utilisation sur des embryons, dans l’objectif de donner naissance à un enfant modifié, est interdite presque mondialement ».
« “Il vaut mieux insister que mourir” : les femmes sont moins écoutées que les hommes quand elles décrivent leurs symptômes »
Date de publication : 29 mai 2026 Temps de lecture: 3 min

Anne Prigent indique dans Le Figaro qu’« à l’occasion de la Journée mondiale de la santé de la femme, plusieurs témoignages révèlent combien les symptômes féminins restent encore trop souvent minimisés ou attribués au stress ».
La journaliste observe ainsi : « Elles arrivent essoufflées, pâles, oppressées, parfois incapables de tenir debout. Elles repartent avec une ordonnance pour anxiolytiques, corticoïdes ou un simple «rentrez chez vous, ça va passer». Certaines insistent, d’autres n’osent pas. Quelques-unes frôlent la mort ».
Anne Prigent souligne que « ces histoires ne sont pas des exceptions. Elles révèlent un phénomène encore trop répandu : celui de femmes dont la parole médicale est minorée, filtrée, interprétée à travers des biais persistants. Selon un sondage Ipsos réalisé pour la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes, 40% d’entre elles déclarent avoir déjà eu le sentiment de ne pas être écoutées et que leurs symptômes étaient minimisés ; ce chiffre grimpe à 60% chez les moins de 30 ans. Les maladies cardiovasculaires en sont l’exemple le plus frappant ».
La journaliste note que « les témoignages recueillis […] sont d’une force rare et illustrent parfaitement cette problématique. Stéphanie, 54 ans, en a fait l’expérience. Une douleur thoracique violente, fulgurante, qui la plie en deux. Aux urgences, le médecin la regarde et tranche : «c’est une petite crise d’angoisse, madame.» Un calmant, un box, des heures d’attente ».
Anne Prigent poursuit : « Elle vomit, pleure, supplie qu’on la prenne au sérieux. Quand enfin quelqu’un vérifie : infarctus du myocarde, artère bouchée, 30% du cœur en sidération. «Une femme qui souffre n’est pas forcément une hystérique», écrit-elle».
La journaliste s’interroge : « Pourquoi ces alertes ignorées, ces examens non prescrits, ces prises en charge trop tardives ? D’abord parce que les symptômes féminins diffèrent de ceux des hommes. Là où l’on attend une douleur thoracique brutale, elles décrivent une fatigue inhabituelle, un essoufflement, des palpitations, des nausées, autant de signes facilement attribués au stress, à l’anxiété, à la charge mentale ».
La Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue, explique que « les femmes ne présentent pas toujours les symptômes typiques décrits dans les manuels médicaux, qui ont longtemps été construits à partir de modèles masculins. […] On met trop vite les symptômes féminins sur le compte du stress, de l’anxiété, de l’hystérie ».
La spécialiste ajoute que « les femmes minimisent leurs symptômes, s’automédiquent, repoussent les rendez-vous. Elles mettent tout sur le compte de la fatigue, du travail, des enfants ».
Anne Prigent continue : « Alors que doivent faire les femmes ? D’abord, écouter leur instinct. Toutes celles qui ont survécu disent la même chose : «Je sentais que quelque chose n’allait pas.» […] Ensuite, glisse la spécialiste, il ne faut pas hésiter à exagérer les symptômes pour être prises au sérieux. Troisième conseil, il faut dire clairement : «je veux un ECG» ».
Anne Prigent relève qu’« il ne faut jamais hésiter à demander un deuxième avis. Toutes les survivantes ont un point commun : elles ont insisté. […] Enfin, il est important de connaître les signes d’un infarctus féminin : essoufflement brutal, fatigue extrême, oppression thoracique, brûlure, indigestion, douleur dans la mâchoire, douleur dans le dos ou les omoplates, nausées, sueurs froides, malaise ».
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