« Une récompense pour des recherches sur les mécanismes de la dépression »

Le Figaro

« Quand on considère la dépression, qui touche ou touchera un Français sur cinq au cours de sa vie, on ne pense pas spontanément à l’inflammation (…). Pourtant voilà plus de vingt ans qu’à la tête de l’équipe de recherche Nutrition et psycho-neuro-immunologie, le Dr Lucile Capuron, directeur de recherche à l’Inra de Bordeaux, explore et défriche ce territoire », indique Damien Mascret dans Le Figaro. « Elle vient de recevoir le prix Marcel-Dassault 2018 pour la recherche sur les maladies mentales, doté de 300 000 euros et attribué par le comité scientifique de la Fondation FondaMental avec un jury international », annonce-t-il.

« Nos travaux ont montré que l’inflammation participe à la survenue de la dépression. Nous savons aussi que la prise d’agents inflammatoires, de type interféron utilisé dans certains cancers ou hépatites, est responsable d’un épisode dépressif chez la moitié des patients », explique le Dr Capuron.

« Les travaux d’autres équipes ont aussi montré que l’inflammation était associée à une réponse diminuée aux antidépresseurs et qu’à l’inverse la prise d’anti-inflammatoires améliorait les symptômes de patients dépressifs qui avaient de l’inflammation », note le journal.

« Deux neurotransmetteurs jouent un rôle clé dans les mécanismes de la dépression : la sérotonine et la dopamine. Ils sont eux-mêmes fabriqués grâce à des acides aminés apportés par l’alimentation : le tryptophane pour la sérotonine ; la phénylalanine et la tyrosine pour la dopamine. Mais les chercheurs sont allés plus loin car ils se sont aperçus que deux enzymes jouaient un rôle dans la synthèse de ces deux neurotransmetteurs : l’IDO pour la sérotonine et le BH4 pour la dopamine », explique l’article.

« Le projet de recherche lancé par Lucile Capuron et son équipe a deux volets. Un premier volet d’observation chez l’homme, qui étudiera les liens entre la dépression, l’inflammation générale de l’organisme et les neurotransmetteurs de la sérotonine et de la dopamine, d’une part, l’impact sur les voies cérébrales sérotoninergiques et dopaminergiques en imagerie cérébrale, d’autre part », détaille-t-il. « Un second volet plus expérimental, chez l’animal. Lorsqu’ils présentent une inflammation, les animaux recevront soit des médicaments anti-inflammatoires ou des traitements ciblant spécifiquement les voies IDO et BHA, soit des compléments alimentaires riches en tryptophane et tyrosine pour rétablir les niveaux déficients d’acides aminés. Cela permettra d’évaluer la réponse thérapeutique », poursuit-t-il.

« C’est une étape majeure dans l’ère de la médecine de précision en psychiatrie. Nous allons mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la dépression résistante et son expression clinique, identifier des mécanismes de résistance aux traitements standards et pouvoir définir des stratégies thérapeutiques ciblées et personnalisées basées sur la base du profil clinique et biologique du patient (prise de sang) », explique le Dr Lucile Capuron. Pour le Pr Marion Leboyer, directrice de FondaMental, « il faut aller plus loin » : « Nous sommes à l’aube de découvertes absolument majeures qui peuvent changer la vie des patients et nous avons tous les éléments (cohortes, études, investigateurs) pour mettre en place les recherches, il ne manque plus que les moyens sous la forme de partenariats public-privé », insiste-t-elle.

Date de publication : 5 décembre 2018

« Sous pression, les professionnels de santé souffrent de leur travail »

Le Parisien

« Surcharge de travail, patients exigeants voire agressifs, épuisement émotionnel, lourdeurs administratives… Les soignants souffrent » : « Un sondage montre à quel point leurs conditions de travail pèsent sur leur état de santé, surtout chez les infirmiers et les aides-soignants », révèle Soline Roydans Le Figaro.

La journaliste rappelle au préalable que « pour aller plus loin que les diverses plateformes d’écoute créées au fil du temps, l’Ordre des médecins et 7 associations d’aide aux soignants ont ainsi bâti un « Programme Aide Solidarité Soignant ». La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a, de son côté, lancé en juillet un Observatoire national pour la qualité de vie au travail des professionnels de santé ».

Selon le Carnet de santé Odoxa-MNH pour Le Figaro santé, France Info et Le Quotidien du médecin : « réalisé auprès de 6 078 professionnels de santé, dont 1 307 hospitaliers et 1 005 personnes représentatives de la population française de plus de 18 ans, ce sondage montre que les soignants ne sont pas en pleine forme et qu’ils ne sont pas toujours les mieux soignés », rapporte le journal.

« Ainsi, 35 % des professionnels de santé interrogés disent avoir été affectés par un problème de santé (hors maladie chronique) dans les deux derniers mois, contre seulement 21 % des Français. Aides-soignants et infirmiers sont les plus mal lotis (plus de 40 % disent avoir été malades, contre respectivement 28 et 26 % des médecins généralistes et des dentistes qui composent le bas du classement) », fait savoir l’article.

« Le sommeil des soignants interrogés ne semble pas de très bonne qualité : la moitié dit avoir des difficultés à dormir tous les jours ou plusieurs fois par semaine, aides-soignants et infirmiers étant là encore les plus exposés (36 et 29 % de mauvais dormeurs respectivement), de même que les hospitaliers (toutes professions confondues) », poursuit le journal. Il ajoute que « le fait que près de 60 % des professionnels de santé interrogés disent travailler le week-end, presque toujours ou régulièrement, ne doit pas être de nature à encourager leur repos… ». « Aides-soignants, infirmiers, sages-femmes et internes sont, sans surprise, les plus susceptibles de travailler le week-end (pour plus de 80 % d’entre eux) », précise-t-il.

« Lorsqu’ils sont malades, les soignants s’arrêtent de travailler moins souvent que les autres : ils disent n’avoir pris en moyenne que 7,5 jours d’arrêt de travail au cours des douze derniers mois, soit deux fois moins que les salariés français. Ces chiffres cachent cependant d’importantes disparités : si les hospitaliers prennent en moyenne autant de jours d’arrêt maladie que les Français, ceux qui travaillent en libéral disent ne s’être arrêtés que 3,5 jours en moyenne dans l’année précédente », souligne Le Figaro.

« Les soignants ne sont par ailleurs pas irréprochables quant à leurs comportements de santé, mais font cependant un peu mieux que la population générale. Ainsi, seuls 5 % des professionnels de santé interrogés disent boire de l’alcool quotidiennement et 76 % déclarent ne jamais fumer (selon les données 2017 de l’Institut de veille sanitaire, plus de la moitié des Français fume du tabac quotidiennement ou occasionnellement) », fait remarquer le journal. « Les infirmiers et aides-soignants sont les plus gros fumeurs, 20 % d’entre eux consommant du tabac tous les jours. Quant à l’activité sportive, elle est pratiquée par 65 % des soignants, avec une moyenne de 2,7 heures par semaine pour ceux qui disent pratiquer », note-t-il.
Le Figaro observe que « 
les médecins semblent mieux suivre certaines recommandations de santé publique : ils sont ainsi moins de 20 % à ne jamais se faire vacciner contre la grippe, quand d’autres professionnels pourtant eux aussi potentiellement en contact avec un public fragile ne se vaccinent que très peu (75 % des orthophonistes, 65 % des kinés, 64 % des aides-soignants et 59 % des infirmiers ne se vaccinent jamais) ».

« Les médecins sont aussi les plus enclins à l’auto-médication : alors que 82 % de l’ensemble des professionnels de santé ont un médecin référent, ce n’est le cas que de respectivement 44 et 38 % des médecins généralistes et spécialistes. (…) De même, à peine un quart des sondés dit avoir rencontré son médecin du travail dans les deux années précédentes, les libéraux n’étant même que… 4,7 % ! », conclut Le Figaro.

Date de publication : 10 décembre 2018

« Un passage en réanimation source d’anxiété et de dépression »

Le Figaro

« Réduire la sédation, les alarmes et la lumière contribue à soulager l’inconfort et le stress des malades »,indique DelphineChayet dans Le Figaro.

« Des mois plus tard, les patients qui ont séjourné dans un ser­vice de réanimation conservent dans bien des cas des signes de souffrance psychique. 46 % ont eu des symptômes d’anxiété, 40 % de dépression et 22 % de stress post-traumatique dans l’année qui a suivi leur hospitalisation, selon une étude britannique publiée en novembre dans la revue scientifique Critical Care », poursuit la journaliste. « La prise en compte de ce phénomène est d’autant plus importante que la dépression est associée, selon nos résultats, à une hausse du risque de mourir dans les deux ans », souligne l’auteur de cette recherche portant sur plus de 5 000 ex-patients. « Un enjeu dont les services de réanimation français ont pris conscience ces dernières années, conduisant à un changement des pratiques », souligne Le Figaro.

« Environ 150 000 personnes sont hospitalisées en « réa » chaque année. En détresse vitale, elles y sont admises en raison d’une défaillance de leurs organes –  cœur, poumons, rein - après une complication chirurgicale, une infection grave, un traumatisme, un arrêt cardiaque, une décompensation de leur maladie chronique, etc. Leur état exige une surveillance et des soins techniques ininterrompus », détaille le journal. « Nos malades ont souvent besoin du soutien d’une ventilation artificielle, par intubation ou masque. Ils ont des cathéters, des sondes, un monitoring permanent. Tout ce matériel peut être vécu comme une agression », souligne le Pr Marc Leone, anesthésiste-réanimateur à Marseille.

« Plongés dans un état de semi-conscience, ou dans le coma, certains ma­lades vont passer par un état typique de la réanimation : le delirium, qui les transporte dans un monde onirique », explique l’article. « Je me souviens surtout de bruits bizarres et de sensations très marquantes : le froid pendant un soin, le parfum de l’infirmier du soir. Et puis il y avait des corbeaux tout autour de mon lit », témoigne Halima, 60 ans, hospitalisée en 2016 après un malaise. « Ces visions tournent parfois au cauchemar et au sentiment de persécution. Elles laissent des traces », remarque Le Figaro.

« Les patients qui ont un delirium ont plus de risques de souffrir de stress post-traumatique par la suite », souligne le Pr Élie Azoulay, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Saint-Louis (Paris). « Fréquente, la perte de mémoire contribue aussi à fragiliser le patient », indique le journal.
« 
Ces symptômes, longtemps négligés, sont pris au sérieux depuis qu’une étude publiée il y a une quinzaine d’années a mis en évidence un lien entre leur survenue et le pronostic vital du patient », observe Le Figaro. « Cela nous a amenés à un remaniement profond de nos pratiques », témoigne le Dr Bernard Vigué, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Paris Sud (Le Kremlin-Bicêtre). « Alors qu’ils avaient pour habitude de plonger leurs malades dans le coma, espérant ainsi les protéger des souffrances liées à la médicalisation, les praticiens limitent aujourd’hui la sédation au minimum. La présence des familles, rassurante pour le patient, est encouragée. Un quart des services est maintenant ouvert tous les jours, 24 heures sur 24 », explique l’article. « Quand c’est possible, la rééducation physique commence le plus tôt possible, afin que les malades récupèrent plus vite. Enfin, d’énormes efforts sont portés sur la diminution des sources de stress dans ces unités où les soignants consacrent toute leur énergie à lutter contre la mort », ajoute-il.

« À l’hôpital de Chartres, le Dr Pierre Kalfon a ainsi recensé [pour pouvoir ensuite les réduire « de manière volontariste »] seize catégories de nuisances caractéristiques de la réanimation. L’omniprésence des machines et leur ronronnement, les alarmes, le manque de sommeil, la soif, le froid, l’excès de lumière, les entraves, l’incapacité à communiquer avec le monde extérieur… », fait savoir Le Figaro. « Nous cherchons à faire baisser la prévalence du trouble de stress post-traumatique », explique le médecin. « Une démarche que semblent valider les premiers résultats recueillis auprès de trente services de réanimation associés à cette recherche. Reste à étendre ces pratiques à toutes les unités », note la journaliste.

« Tout l’enjeu est de trouver un équi­libre entre le confort du patient et sa sécurité. Éteindre une alarme ou détacher un malade dont la vie est en jeu supposent de bien soupeser les risques », résume le Dr Bernard Vigué. « L’objectif est aussi de repérer les patients les plus à risque, afin de leur proposer une prise en charge dès la sortie de l’hôpital. On sait que des antécédents psychiatriques ou un terrain anxieux, de même que le stress généré par les problèmes de santé à l’origine de l’hospitalisation favorisent les séquelles psychiatriques », conclut Le Figaro.

Date de publication : 12 décembre 2018

 


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