« Le confinement a poussé les Français à consommer plus d’alcool et de psychotropes »

Libération annonce en effet que « les résultats préliminaires d’une enquête internationale […] montrent que les Français ont davantage réparti leur consommation d’alcool durant le confinement, mais figurent parmi les plus forts utilisateurs d’anxiolytiques ».
Le journal explique que « la Global Drug Survey (GDS), enquête internationale menée depuis 2014 dans une trentaine de pays, s’est lancée ce printemps dans une édition exceptionnelle dictée par la pandémie. Objectif, selon Marie Jauffret-Roustide, chercheuse à l’Inserm et référente en France : «Examiner l’offre, les comportements, l’expérience des drogues et les politiques publiques» ».
Libération note que « 3 semaines après son lancement, [l’enquête] a déjà réuni plus de 40.000 participants. Les Allemands constituent la moitié des effectifs (19.000 personnes), mais la France, avec plus de 6000 répondants, représente la deuxième cohorte. L’enquête espère atteindre 100.000 participants et 10.000 en France d’ici la mi-juin. Les répondants français sont à 63% des hommes, et leur âge moyen s’élève à 28 ans ».
Le quotidien relève que « quelques spécificités françaises émergent d’ores et déjà. Ainsi, 56% des répondants disent avoir «vraiment bien vécu» la pandémie et les restrictions afférentes, contre 49% parmi les participants des autres pays. En revanche, le niveau de satisfaction à l’égard des décisions prises par les responsables politiques s’avère médiocre. Les Français leur décernent un 5/10, quand les Néo-Zélandais mettent 9/10 et les Allemands 8/10. Seuls les répondants britanniques (4/10) et brésiliens (0/10) sont plus sévères ».
Le journal indique que « Marie Jauffret-Roustide voit dans cet «effet miroir inversé» un paradoxe français, selon lequel une tradition protestataire et la mobilisation conséquente permettent, in fine, d’obtenir des mesures qui feraient traverser les périodes de crise relativement sereinement ».
Libération continue : « Quid des consommations durant le confinement ? Celle d’alcool semble avoir légèrement augmenté en nombre de jours de consommation dans la semaine, mais les conduites excessives de 5 verres ou plus en une occasion (binge drinking) ont, elles, régressé. Ainsi, 47% des répondants français ont augmenté («un peu» ou «beaucoup») leur nombre de jours de consommation d’alcool dans la semaine depuis le mois de mars. Pour 22% d’entre eux, il est resté stable, et il a baissé pour 31% des répondants ».
« Phénomène inverse pour les fois où une personne a consommé 5 verres ou plus en une seule occasion : 34% n’ont rien changé à leurs habitudes, 27% les ont augmentées, mais 37% ont réduit la fréquence de ces consommations excessives. Les raisons pour expliquer la prise d’alcool invoquent notamment l’ennui, le besoin de partager un moment de convivialité à la maison avec un membre de son entourage, mais aussi la volonté d’atténuer son stress », précise le quotidien.
Il remarque qu’« en ce qui concerne le cannabis, les tendances sont moins marquées que pour l’alcool à ce stade : 36% des usagers n’ont pas changé leurs habitudes, 37% ont augmenté le nombre de jours de consommation, et 27% ont diminué ».
Libération souligne enfin une « spécificité française » concernant « le recours aux benzodiazépines, les anxiolytiques, déjà largement consommés en temps normal. La pandémie n’a pas inversé la donne. [...] 41% des Français ont augmenté leur consommation de ces produits psychotropes (c’est même la plus forte augmentation par rapport aux autres pays de l’enquête) durant la pandémie, 17% l’ont réduite, et 42% n’ont rien changé. Dans les autres pays, ces chiffres s’élèvent respectivement à 35%, 17%, et 48% ».

Date de publication : 3 juin 2020

 

 

« En psychiatrie, les internements forcés augmentent « de façon préoccupante » »

C’est ce que titre La Croix, qui indique qu’« un rapport de la Contrôleur générale des lieux de privation de liberté […] dénonce des atteintes aux droits des patients en établissement spécialisé. Il s’inquiète d’un recours croissant à l’hospitalisation contrainte, par manque d’analyse critique et impératif sécuritaire ».
Le journal relève ainsi qu’« Adeline Hazan rend compte de ses visites dans les établissements et services hospitaliers consacrés à la santé mentale. Après 200 contrôles, le constat est lapidaire : «Aucun de ces établissements n’est totalement exempt d’atteintes aux droits de ses patients» ».
Le quotidien poursuit : « Des entraves à la liberté de circuler, au port obligatoire du pyjama et à la privation de téléphone, la liste est longue. Adeline Hazan émet 67 recommandations, et surtout, réclame une «réforme d’ampleur du système psychiatrique», taclant l’absence «de volonté politique de limiter l’hospitalisation sous contrainte» ».
La Croix souligne que les internements sans consentement« augmentent «de façon préoccupante, atteignant le quart des admissions et représentant 40% d’entre elles dans certains établissements», alerte le rapport. Parmi les 342.000 Français hospitalisés pour «troubles mentaux» en 2016, 80.000 en effet l’ont été contre leur gré ».
Le journal relève ainsi que « malgré ses engagements internationaux […], la France conserve une posture critiquée. La prise en charge française du handicap psychique «tente d’adapter le sujet à la société à la différence des Anglo-Saxons, qui seraient dans une adaptation de la société aux différents sujets», selon le rapport. Ainsi, le trouble à l’ordre public demeure un motif fréquent d’internement, qui peut d’ailleurs être réclamé par le préfet ».
La Croix rappelle qu’« en 2008, un fait divers amorce un véritable tournant sécuritaire dans la psychiatrie. Un schizophrène de l’hôpital de Saint-Égrève, à Grenoble, qui bénéficiait d’une permission de sortie, poignarde à mort un jeune étudiant. Quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, engage un vaste plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques : entrées contrôlées, dispositif de géolocalisation des patients, de vidéosurveillance également, création d’unités fermées et de chambres d’isolement… ».
Le quotidien remarque qu’« outre une mauvaise orientation des patients, due à un manque d’effectifs, une partie des admissions en psychiatrie traduit essentiellement des préoccupations sécuritaires. On interne sur la seule «présomption de dangerosité», une notion qu’Adeline Hazan juge «contraire aux principes fondamentaux du droit pénal français» et dont elle réclame la suppression ».
La Croix ajoute qu’« Adeline Hazan reproche aux psychiatres d’être peu enclins à l’analyse critique de leurs pratiques : «Ils sont dans leur immense majorité mus par la conviction que «c’est pour le bien du patient»», indique le rapport. «L’insuffisance de la réflexion collective a conduit à l’intériorisation de la contrainte par l’institution hospitalière» ».
« Contrainte qui serait nuisible dans bien des cas, source de crises psychotiques fréquentes et d’une stigmatisation encore plus importante des patients. Ainsi, si l’internement est parfois bien nécessaire, la Contrôleur générale des lieux de privation de liberté réclame un recours plus fréquent aux alternatives en dehors de l’hôpital, à domicile ou dans des centres spécialisés », conclut le journal.
Dans un autre article intitulé « Crise de l’hôpital : les services de psychiatrie à bout de souffle », La Croix observe que « l’Union syndicale de la psychiatrie (USP) appelle à rejoindre la journée de mobilisation nationale du personnel hospitalier. […] Le manque de moyens des unités hospitalières de psychiatrie est encore plus criant depuis la crise du coronavirus et le confinement ».

Date de publication : 17 juin 2020

 

 

« L’isolement et la contention en psychiatrie devront être contrôlés par un juge »

Pierre Bienvault s’interroge dans La Croix : « Comment mieux encadrer la pratique de l’isolement et de la contention en psychiatrie ? ».
Le journaliste fait savoir que « le Conseil constitutionnel a apporté, vendredi 19 juin, une réponse importante en demandant au législateur de prévoir que cette pratique puisse être à l’avenir soumise au contrôle d’un juge. Une décision immédiatement saluée par Adeline Hazan, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) ».
Celle-ci a déclaré que « le législateur est contraint d’agir dans les 6 prochains mois. Souhaitons qu’il mette cette occasion à profit pour s’emparer de l’ensemble de la question des droits fondamentaux des patients en soins sans consentement ».
Pierre Bienvault rappelle que « cela fait plusieurs années que divers rapports dénoncent la «banalisation» de l’isolement et de la contention. La pratique n’est certes pas illégale. Un psychiatre peut y avoir recours par exemple quand la maladie suscite un état d’agitation très important ou des accès de violence pouvant mettre en danger les soignants ou le patient lui-même. Pendant longtemps, ces pratiques sont restées dans un vide juridique assez large. Et c’est pour mieux les encadrer qu’a été votée la loi du 26 janvier 2016 ».
Le journaliste note qu’« en mars dernier, le Conseil constitutionnel a été saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), déposée par une personne ayant elle-même été hospitalisée à plusieurs reprises. Selon ce requérant, la loi du 26 janvier 2016 ne respecte pas l’article 66 de la Constitution, qui stipule que la protection de la liberté individuelle est confiée à l’autorité judiciaire. Et pour le Conseil constitutionnel, isoler ou attacher un malade constitue bien «une privation de liberté» ».
« Certes, précise-t-il, la loi fixe des conditions pour que l’isolement ou la contention, n’intervienne que «dans les cas où ces mesures sont adaptées, nécessaires et proportionnées à l’état de la personne qui en fait l’objet». Mais pour le Conseil constitutionnel, la liberté individuelle ne peut être tenue pour sauvegardée que si le juge intervient dans le plus court délai possible », continue Pierre Bienvault.
Le Conseil remarque que « si le législateur a prévu que le recours à isolement et à la contention ne peut être décidé par un psychiatre que pour une durée limitée, il n’a pas fixé cette limite ni prévu les conditions dans lesquelles au-delà d’une certaine durée, le maintien de ces mesures est soumis au contrôle du juge judiciaire ».
Pierre Bienvault indique que « le législateur a désormais jusqu’au 31 décembre pour organiser le contrôle par un juge de ces mises à l’isolement et en contention ».
Le journaliste relève que « le rapport dénonce aussi les conditions de séjour parfois «indignes» dans certaines chambres d’isolement ». Le document souligne : « Nombre d’entre elles ne disposent pas du confort minimal : absence d’accès libre 24 heures/24 à des toilettes qui soient installées dans un espace séparé du lit, avec une chasse d’eau en fonctionnement et du papier toilette. L’accès libre à un point d’eau n’est pas toujours non plus possible pour l’occupant ».

Date de publication : 22 juin 2020

 


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