« Reconfinement : comment affronter un « jour sans fin »  ? »

La Croix constate que « la nouvelle période de confinement, d’une durée d’au moins un mois, fait craindre un impact négatif sur la santé mentale des Français. Les enseignements du printemps donnent néanmoins des pistes pour éviter le risque de panique et d’épuisement psychologique ».
Le journal relève ainsi : « L’impression de traverser un long tunnel qui n’en finit plus. Le «jour sans fin», décrit par Emmanuel Macron mercredi 28 octobre, se poursuit. L’annonce d’un nouveau confinement […] s’ajoute à un contexte déjà morose, marqué à la fois par des attentats ou tentatives d’attentat qui se multiplient sur le sol français depuis 2 semaines et par les conséquences économiques de la première vague de la pandémie, qui affectent particulièrement les catégories les plus précaires de la population », souligne le quotidien.
Frédéric Worms, philosophe, observe que « nous sommes dans un moment singulier dans lequel plusieurs dangers se répètent et font système. Ces dangers mettent à l’épreuve nos institutions, nos relations, nos émotions et nous laissent entre sidération et incertitude ».
La Croix remarque que « cette «épreuve» nationale pourrait s’avérer encore plus dure que la première. Parce que l’épidémie paraît hors de contrôle, tout d’abord, et que «la deuxième vague sera sans doute plus meurtrière que la première», a prévenu Emmanuel Macron. Mais aussi parce que les nerfs ont déjà été soumis à rude épreuve ».
Le journal fait savoir que le psychiatre Nicolas Franck « a mené une enquête auprès de 20.000 personnes en mars. Ses conclusions à l’appui, il dresse un tableau peu optimiste des jours à venir ».
Le médecin souligne que « ceux qui ont mal vécu le premier confinement vont vivre encore plus mal le deuxième. Et certains qui avaient vécu de manière à peu près correcte le premier pourraient mal vivre le deuxième, car ils subissent la dégradation de leurs conditions économiques, ce qui n’était pas le cas en mars ».
La Croix relève en outre que « Santé publique France, en partenariat avec l’institut de sondages BVA, a suivi 2000 personnes à partir de mars pour évaluer les effets de la pandémie sur la santé mentale. Fin mars, plus du quart des répondants à l’enquête CoviPrev ressentaient un état d’anxiété, soit le double du taux observé en 2017 (13,5%). Ce taux a diminué pour atteindre 15% en juin, avant de repartir à la hausse (18% lors de la dernière phase d’enquête, fin septembre) ».
Anne Giersch, directrice du laboratoire de neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie à l’Inserm de Strasbourg, indique ainsi : « Anxiété, stress, dépression… Le confinement peut accentuer les problèmes de santé mentale. Il faut y être attentif. […] Toute personne en souffrance peut se tourner vers la plateforme CovidÉcoute, qui sera remise en service. Elle permet de gagner du temps en orientant vers la bonne consultation ».
Le quotidien note que « pour déjouer la détresse psychologique, il faut ainsi piocher en hiver dans les leçons du printemps, propose Nicolas Franck, qui indique trois préceptes à suivre. «Structurer ses journées», d’abord : avoir un programme, des objectifs quotidiens. «Garder des contacts sociaux», ensuite, par téléphone ou de visu ».
« Enfin, poursuit Nicolas Franck, il faut «se fixer un objectif de confinement, une activité constructive qui permet de laisser une trace, comme l’écriture, la peinture…». Pendant le premier confinement, la lecture a par exemple fait figure de refuge et les ventes de livres ont explosé dès la réouverture des magasins, à partir de juin », observe le journal.
La Croix ajoute : « A la différence du premier confinement, les écoles vont cette fois rester ouvertes et l’activité continuera «avec plus d’intensité». […] Contrairement au premier confinement, les visites en Ehpad et maisons de retraite seront par ailleurs permises, afin d’éviter les «drames humains» du printemps, évoqués par Emmanuel Macron, mercredi ».
Le journal souligne que « le confinement, cela dit, n’est qu’une étape. Il faudra «tenir jusqu’au vaccin», attendu «à l’été», a déclaré le chef de l’État mercredi. Alors comment habiter l’incertitude qui nous entoure depuis maintenant sept mois ? ». Nicolas Franck indique qu’« il faut imaginer que toute catastrophe a une fin, et qu’il faudra reconstruire après. Faire preuve d’anticipation et de solidarité, ça aide à se projeter ».

Date de publication : 2 novembre 2020

 

« Alcool, tabac, drogue : lorsque le télétravail augmente les risques pendant le confinement »

Christine Mateus constate dans Le Parisien que « l’entreprise n’est pas seulement le lieu où l’on exerce son métier. Pour les salariés victimes d’une addiction, elle est aussi un rempart plus ou moins poreux, permettant de contrôler leur dépendance et donc la conduite compulsive qui va avec. Alcool, tabac, drogues… avec le confinement et la généralisation du télétravail, une grande partie d’entre eux se retrouvent désormais seuls face à cette emprise ».
La journaliste annonce que « selon une étude […] menée par Odoxa pour le cabinet spécialisé dans la prévention des pratiques addictives GAE Conseil, les signaux sont au rouge. Si 31% des salariés et 40% des manageurs affirment que les pratiques addictives étaient déjà fréquentes sur le lieu de travail, elles le sont encore davantage, selon eux, en télétravail. C’est ce que confient 41% des salariés et 47% des manageurs ».
Ariane Pommery de Villeneuve, ancienne alcoolique, patiente-experte au service d’addictologie de l’hôpital Bichat (Paris), souligne ainsi : « Lorsqu’on est dépendant, on se cache beaucoup du regard des autres. En travaillant à domicile, cette barrière saute et cela devient beaucoup plus compliqué. Et c’est applicable pour toutes les addictions. […] Avec le télétravail, les dépendants se retrouvent avec un temps libre supplémentaire à occuper. Sans compter l’isolement et l’ennui qui peuvent faire augmenter cette consommation ».
Le Dr Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil, remarque quant à lui que « cette question de l’addiction dans cette configuration inédite est totalement hors des radars. Pourtant, le premier confinement a été épouvantable pour nos patients. 70% d’entre eux ont rechuté. Pour pouvoir les ramener à nous, nous avons dû adapter rapidement notre cadre thérapeutique, proposer des groupes de parole par visioconférence, faire des permanences à rallonge… Si nous sommes mieux préparés, nous restons tout de même très vigilants ».
Le spécialiste ajoute que « l’addiction est une maladie du lien social, elle vous coupe des autres. Souvent, avec la place qu’occupe l’addiction, l’entourage a disparu et les seules relations qui restent sont celles entre consommateurs, mais aussi entre collègues de travail. En travaillant de chez eux, les dépendants perdent un vrai vecteur thérapeutique ».
« Aujourd’hui, toutes les conditions sont […] réunies pour ajouter des difficultés aux personnes déjà malades mais aussi à ceux, pas encore dans la dépendance, qui ont un trouble de l’usage des substances et pourraient basculer. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent se mobiliser et mettre en place des politiques de prévention adaptées aux nouveaux enjeux du distanciel », continue le Dr Peschard.

Date de publication : 5 novembre 2020

 

« Dépression, idées suicidaires… quand le confinement fait craquer les plus jeunes »

C’est ce que titre Le Parisien, qui indique : « Nous avons pu accéder à l’unité psychiatrique de l’hôpital nord-parisien Robert-Debré où il y a deux fois plus d’hospitalisations pour idées suicidaires. Nous y avons rencontré des enfants, des ados, et des médecins qui leur viennent en aide ».
Elsa Mari remarque ainsi qu’« ici, [...] les malades n’ont pas le Covid. Et pourtant, certains sont entre la vie et la mort, anéantis par un confinement sans fin. Plus de rêve, ni de sens, ils en sont là, face au vide et l’ennui ».
Elsa Mari souligne que « l’épidémie a fait l’effet d’une claque au ralenti. Rythme perturbé, papa et maman en télétravail, manque des copains, de l’école, de place, climat de peur… ».
Le Pr Richard Delorme, chef de la pédopsychiatrie, explique : « Ils sont plus agités, les enseignants disent la même chose. C’est le principe du vase qui se remplit, un, deux, trois stress et ça déborde ».
La journaliste poursuit : « Il faudra voir si les chiffres se confirment mais la marée d’appels au secours l’inquiète. Deux fois plus d’hospitalisations pour idées suicidaires dans son service, 20 en septembre, 40 en octobre, c’est beaucoup. Pour les guérir, les médecins ont des thérapies très efficaces, visant à modifier leur représentation anxiogène du monde. Et des médicaments, pour les cas les plus graves, toujours sur une durée courte ».
Le Pr Delorme indique : « On a beaucoup de succès, énormément d’enfants vont mieux après deux, trois semaines ».
Elsa Mari relève que « s’il n’y a pas de chiffres à l’échelle de la France, plusieurs études américaines et européennes montrent que près 40% des parents ont observé des signes de détresse chez leurs petits durant le confinement ».
« Face à cette pluie d’appels des parents en mars, les blouses blanches se sont mises à publier des conseils sur leur site pour les guider à distance, sans jamais les culpabiliser. Résultat, 600.000 vues! Et toujours 1000 par jour, aujourd’hui », remarque la journaliste.
Le Pr Delorme souligne que « les enfants sont la priorité des parents et pourtant ce sont les invisibles de cette crise, les grands oubliés. Tout d’un coup, ils ne devaient plus faire du bruit, ni bouger, ils n’existaient plus ».
Elsa Mari poursuit : « Cette souffrance invisible a laissé des traces. Dans toute la population d’ailleurs. Selon Santé Publique France, les troubles dépressifs ont doublé entre fin septembre et début novembre, passant de 10 à 21%. Les petits, eux, ne sont pas toujours capables de verbaliser, d’expliquer. Alors les éducateurs […] redoublent d’attention ».

Date de publication : 16 novembre 2020

 

« À l’hôpital, « pour les soignants aussi, c’est lourd émotionnellement » »

Soline Roy publie un reportage au sein de l’unité Covid-2 au Centre Hospitalier de Valenciennes, « l’une des sept unités de médecine ouvertes par les différents pôles de l’hôpital. […] Ici sont accueillis les patients qui doivent être surveillés de près, mais n’ont pas besoin de réanimation ou n’y sont pas éligibles ».
La journaliste relève ainsi que « dans les unités de médecine dédiées au Covid, les soignants jonglent avec les fragilités et la solitude des patients ».
Le Dr Simon Atmeare, « médecin généraliste avec une orientation palliative [qui] s’est mis à disposition de l’unité Covid-2 durant la première vague et pour les mois à venir », remarque : « L’unité est abritée dans le service d’oncologie, mais nous avons ici des soignants venant des services de lutte contre la douleur, de gynécologie, de gastro-entérologie… ».
Soline Roy observe que « personne ne ménage sa peine. Certains ont été détachés dans l’unité, d’autres viennent aider durant leurs jours de repos ou lorsqu’ils ne sont pas de garde ».
La Dr Aurélie Joye, médecin au service d’oncologie, indique qu’« il y a une grande solidarité entre les praticiens, cela nous permet de ne pas terminer trop tard sachant que nous travaillons déjà quasiment tous les week-ends. […] La plupart [des patients] n’ont pas que le Covid, ils ont des pathologies associées et il faut aussi faire de la prise en charge cardiologique, oncologique, de diabétologie, etc. ».
La journaliste explique notamment que « deux fois par semaine, l’unité se réunit avec un membre de l’équipe mobile palliative pour passer en revue les dossiers des patients. L’enjeu est de définir à l’avance si une place en réanimation sera demandée pour eux en cas d’aggravation de leur état ».
La Dr Joye déclare qu’« on essaie de statuer au plus tôt sur ce qu’on fera en cas de dégradation. On sait que certains patients ne supporteront pas la réanimation. […] J’ai eu une dame de 91 ans avec tous les antécédents du monde, qui a passé le cap tranquillement avec son petit litre d’oxygène. D’autres ont l’air d’aller bien, ils respirent normalement, mais ils se dégradent en interne et brutalement il y a une cassure ».
La praticienne souligne en outre qu’« il faut qu’il y ait de l’humanité dans cette prise en charge. L’après-Covid sera très complexe sur le plan psychologique. On parle beaucoup des répercussions du confinement sur la population, mais peu de ce que vivent ceux confrontés à la maladie. Des patients se retrouvent brutalement entre la vie et la mort, seuls, les familles ne peuvent pas les accompagner… ».
« Pour les soignants aussi, c’est lourd émotionnellement. L’une de mes collègues psychologues a vu ses demandes de consultations exploser entre les deux vagues. L’hôpital ne pourra pas y répondre, en ville les centres médico-psychologiques sont débordés et les consultations en libéral ne sont pas remboursées… », observe-t-elle.

Date de publication : 17 novembre 2020

 

« « On va tous se planter » : l’angoisse des étudiants en première année de médecine »

Le Parisien constate que « le cursus de première année de médecine, réformé cette année pour rendre le parcours des étudiants plus humain, vire au cauchemar pour de nombreux carabins », et fait savoir que « ce jeudi, cinq associations affiliées à la Fage, la première fédération étudiante en France, remettent au gouvernement un rapport sur les effets de la réforme des études de santé ».
Ainsi Hugo, en licence « accès santé » (LAS) à l’université de Besançon, déclare : « Seuls les plus endurcis psychologiquement survivront. J’ai des gens dans ma promo qui sont sous anxiolytiques, et beaucoup d’autres abandonnent. On a un mur sur nos épaules c’est inhumain. […] C’est comme si on avait rajouté un quart du programme de médecine à une première année de physique-chimie ».
Sirine, en LAS droit-santé à Paris-XIII, note quant à elle : « J’ai appris la semaine dernière que mes partiels ne seront pas en QCM, alors que je m’entraîne dessus depuis la rentrée. […] Il me faut finir dans les 10% des premiers en droit, tout en obtenant un minimum de 7/20 dans toutes les unités, et une moyenne générale plancher qu’on ne nous a pas encore communiquée. Franchement, c’est ingérable. J’aurais préféré le numerus clausus. Et je ne pense pas que je soignerai un jour un patient avec de la jurisprudence ! ».
Mamadou Ndoye, porte-parole de la Fage, remarque que « la Paces (NDLR : le précédent système de première année de médecine) était un carnage sur le plan psychosocial, mais on se demande si ce n’est pas pire aujourd’hui ».
Le Parisien rappelle que « le cursus a justement été modifié pour en finir avec le couperet du numerus clausus, qui laissait en fin de première année 25.000 jeunes les pattes coupées, évincés par un système de sélection par QCM (questionnaire à choix multiples) aussi drastique que méchant ».
Le journal note que « le nouveau système, conçu pour diversifier les profils des soignants et permettre aux recalés de rebondir vers d’autres horizons, a créé deux voies d’accès : la Pass, avec une majorité de matières médicales et « une mineure » dans une autre discipline, et la LAS, où domine à l’inverse une autre matière (sciences, droit, histoire…), mais par laquelle les meilleurs élèves pourront bifurquer vers médecine, maïeutique (sage-femme), dentaire ou pharmacie ».
Le quotidien observe que « cette année, période de transition oblige, s’ajoute à ces deux contingents, celui des redoublants de l’ancien système, la Paces. Et dans les universités, on ignore encore, à quelques semaines des premiers partiels de sélection, combien de places seront réservées dans chacun de ces trois entonnoirs, à l’issue d’un processus de sélection, lui aussi flou, mais tout aussi exigeant qu’avant ».
Guillaume Gellé, président de l’université de Reims, « qui doit recevoir ce jeudi la Fage, au nom de la Conférence des présidents d’université (CPU) », réagit : « Le nombre de places en deuxième année va être légèrement augmenté, il faut rassurer les étudiants sur ce point ».
Freddy Garcia, directeur exécutif du groupe Gallien, « un organisme de prépas qui coache des étudiants en médecine », relève quant à lui que « beaucoup d’étudiants se préparent sans aucune visibilité : les élèves ne savent pas s’ils sont encore dans la course ou s’ils travaillent pour rien, le tout exacerbé par le contexte du Covid, avec 100% des cours en distanciel, qui les laisse très seuls ».
Le Parisien indique que « pour la première fois cette année, il a «commencé à recevoir des coups de fil» de jeunes découragés, prêts à jeter le caducée. «D’habitude, des appels de ce type, on en a à partir de janvier, après les premiers partiels, jamais avant…», assure-t-il ».

Date de publication : 19 novembre 2020

 

« Le confinement, source de souffrance mentale pour un Français sur cinq »

Pauline Fréour constate dans Le Figaro que « nous sommes légitimement préoccupés par l’afflux dans les hôpitaux de malades atteints d’infections respiratoires aiguës causées par le Sars-CoV-2. Mais l’épidémie de Covid impacte aussi la santé des Français d’une autre façon, en faisant plonger une part croissante de nos concitoyens dans un puits de souffrance mentale ».
Le Pr Pierre-Michel Llorca, directeur des soins à la Fondation FondaMental, « qui participe à une étude internationale COH-FIT », remarque ainsi : « Pour moi, c’est une épidémie qui a un volet infectieux et un volet psychiatrique, ce qui élargit d’autant le spectre des personnes touchées ».
La journaliste relève que « selon les dernières estimations de Santé publique France, 21% des Français présentaient début novembre un état dépressif (caractérisé par une tristesse tenace, des idées sombres, de la fatigue ou la disparition des envies et plaisirs habituels). C’est presque le double des 11% observés fin septembre, et à peu près le même niveau qu’autour du 20 avril, au cœur de la première vague. Les troubles anxieux, qui se manifestent par une peur constante et sans objet précis, ont aussi progressé de trois points depuis la fin du mois d’août ».
« De fait, les services de psychiatrie du pays voient la vague monter depuis quelques semaines », indique Pauline Fréour.
Jean-Michel Llorca, chef du service de psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand, note ainsi que « la demande de soins pour anxiété ou dépression a été multipliée par 6 ou 8 depuis la fin du mois d’août, parmi lesquels beaucoup de gens qui consultent pour la première fois ».
Le Pr Xavier Laqueille, chef du service d’addictologie au Centre hospitalier Sainte-Anne à Paris, souligne quant à lui : « On voit aussi arriver des gens souffrant d’une pathologie psychiatrique dont l’état s’est beaucoup aggravé : ils consomment plus d’alcool ou de drogues, sont plus délirants ou plus déprimés ».
Pauline Fréour continue : « Avoir des antécédents psychiatriques est l’un des facteurs de vulnérabilité identifiés à l’impact mental du confinement, avec le fait d’être jeune, d’être une femme, ou de se trouver dans une situation économique précaire. Le Dr Éric Charles, psychiatre hospitalo-universitaire au CHU de Limoges, voit ainsi dans ses consultations beaucoup de personnes dont l’activité professionnelle est menacée ».
La journaliste retient en outre « une forte hausse des états dépressifs chez les jeunes adultes (+ 16 points chez les 18-24 ans et + 15 points chez les 25-34 ans) ».
Sylvie Tordjman, professeur de pédopsychiatrie au CHU de Rennes, remarque que « comparé à la même période en 2019, nous accueillons deux fois plus de jeunes patients aux urgences pédiatriques pour des crises suicidaires, trois fois plus pour les troubles anxieux avec somatisation (des douleurs physiques inexpliquées, NDLR), et quatre fois plus pour les troubles anorexiques ».
Pauline Fréour souligne enfin que « l’isolement imposé par le confinement semble être la composante de la crise actuelle qui engendre le plus de souffrances mentales, «davantage que la peur du Covid pour soi ou ses proches», même si celle-ci peut exister, estime Éric Charles ».
« Toutefois, par rapport au premier confinement où les gens évitaient les lieux de soin, cette vague-ci se traduit plutôt par un afflux de personnes cherchant à se faire soigner », note la journaliste. « Ce qui est une bonne chose », indique Xavier Laqueille, précisant que « nous avons appris de l’expérience et allons au contact des malades pour prendre de leurs nouvelles ».

Date de publication : 24 novembre 2020

 

« Covid-19 : le blues des blouses »

C’est ce que titre La Croix, qui relève que « la crise sanitaire a mis à rude épreuve le moral des professionnels de santé. Lancés lors de la première vague, des dispositifs de soutien psychologique ont été pérennisés pour répondre à leurs angoisses ».
Alice Le Dréau explique ainsi que « les cellules d’écoute et de soutien psychologique dédiées aux soignants […] continuent de recevoir plusieurs dizaines d’appels de ce type chaque jour. En pleine nuit, parfois… Épuisement physique, psychique, la pandémie a mis à rude épreuve les équipes. Et malgré des indicateurs à la baisse, de nombreux soignants restent aujourd’hui encore tendus, aux aguets ».
La journaliste relève que « plusieurs dispositifs d’aide ont donc été maintenus ou réactivés pour répondre au mal-être, persistant. Il y a ces lignes téléphoniques mises en place au sein de l’AP-HP, à Paris ou dans les hôpitaux de Strasbourg, Saint-Etienne, Angers… Ces «maraudes psy», organisées dans les établissements hospitaliers de Mulhouse, au CHU de Lille, à Marseille ».
Frédérique Warembourg, psychiatre et référente pour la cellule d’urgence médico-psychologique du département du Nord, indique ainsi qu’« une équipe mobile circule dans les services, pour identifier les collègues ayant besoin de soutien. […] L’été n’a pas permis aux équipes de bien récupérer ».
La psychiatre souligne cependant que « les soignants ne sont pas habitués à demander de l’aide ».
Alice Le Dréau note : « Ils encaissent, encaissent…. Jusqu’au trop-plein. Parmi d’autres hantises, la peur de contaminer les proches, et la culpabilité qui l’accompagne, ne les a pas quittés. Beaucoup ont en outre l’impression de «mal faire leur travail» constate Catherine Vernay, psychologue au CHU d’Annecy. Elle décrit cette infirmière, rencontrée la veille, «sanglotant comme une petite fille» parce qu’elle avait confié l’un de ses patients à un collègue, moins débordé ». La psychologue relève qu’« ils ont l’impression de devenir maltraitants ».
La journaliste souligne enfin : « S’ajoute la confrontation au deuil qui peut être source de troubles psychiques. À sa cellule psy, Paul, médecin hospitalier en région parisienne, a raconté, comment, dans ses cauchemars, il revit les annonces de décès, réentend les pleurs, éprouve à nouveau son impuissance. Les soignants sont habitués à la mort. Mais le Covid-19 reste une maladie déstabilisante, avec des dégradations rapides ».
« Contrecoup, pour les professionnels : une remise en question de leur vocation. Élise, l’infirmière en arrêt de travail, songe à passer en libérale. Tout comme Paul, le médecin au sommeil agité, envisage de partir dans le privé », indique Alice Le Dréau.
Elle note que « face à ce désarroi au long cours, les cellules de soutien écoutent, accompagnent, orientent vers des consultations ».

Date de publication : 25 novembre 2020

 


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