06 01 2017

 

« La pollution accroît le risque de démence »

Le Monde Le Figaro

Paul Benkimoun note dans Le Monde que « le fait de vivre à moins de 50 m d’une voie de circulation importante augmenterait de 7% le risque de développer une démence. Le risque serait accru de 4% pour un rayon de 50 à 100 m ».
Le journaliste relaie ainsi les résultats d’une étude nord-américaine menée par le Dr Hong Chen (Public Health Ontario, Canada) et parue dans le 
Lancet. Il explique que « selon cette enquête qui a pris en compte les données d’une population de plus de 6 millions de résidents de l’Ontario sur une période de 11 ans, entre 7% et 11% des cas de démence pourraient être attribués à un domicile situé à moins de 50 m d’un axe routier majeur ».
« Les chercheurs ont également trouvé une association entre la survenue d’une démence et une exposition à long terme à deux polluants liés au trafic routier bien connus, le dioxyde d’azote (NO2) et les particules fines. [...] Cependant, ces deux facteurs ne sauraient expliquer à eux seuls l’élévation du risque, selon le Dr Hong Chen et ses collègues », 
indique Paul Benkimoun.
Le journaliste rappelle que «
 des recherches ont montré que les polluants atmosphériques et les gaz d’échappement des moteurs diesel induisent un stress oxydatif et une neuro-inflammation des cellules du cerveau constituant la première défense immunitaire active du système nerveux central ».
Paul Benkimoun ajoute que
 « quelques études épidémiologiques ont également trouvé un lien entre la pollution atmosphérique et sonore et le déclin cognitif, ainsi que l’augmentation de l’incidence des maladies d’Alzheimer et de Parkinson. L’exposition au trafic routier pourrait ainsi jouer un rôle dans plusieurs processus neurodégénératifs ».
Le journaliste précise que
 « l’équipe nord-américaine s’est focalisée sur trois pathologies neurodégénératives : démence, maladie de Parkinson et sclérose en plaques. [Ils] ont rassemblé les données de deux populations résidant dans la province canadienne de l’Ontario au 1er avril 2001 et indemnes des trois maladies : l’ensemble des personnes âgées de 20 à 50 ans (pour la partie concernant la sclérose en plaques, puisque c’est la tranche d’âge où cette maladie débute et se développe), soit 4,4 millions d’individus, et l’ensemble des adultes de 55 à 85 ans, soit 2,2 millions de personnes (pour les démences et la maladie de Parkinson) ».
Paul Benkimoun note que
 « la proximité du domicile avec un axe routier important a été déterminée pour chaque individu par le code postal de son lieu de résidence. […] Un indicateur relativement précis [mais qui] reste cependant un indicateur imparfait. Il ne renseigne pas sur les expositions sur le lieu de travail et les trajets domicile-travail ».
Le journaliste constate qu’«
 entre 2001 et 2012, un peu moins de 250.000 cas de démence, près de 32.000 cas de maladie de Parkinson et un peu plus de 9.000 individus atteints de sclérose en plaques ont été dénombrés dans la population étudiée ».
Ray Copes (Public Health Ontario, Canada) indique : 
« Nous avons trouvé une relation entre le trafic routier et la survenue d’une démence, mais pas avec la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques, ce qui laisse penser qu’il se passe quelque chose de différent dans le cas des démences ».
« De plus, il existe un gradient dans l’effet : plus quelqu’un vit à proximité des routes principales, plus il présente un risque élevé de démence. Nous avons ainsi trouvé une spécificité pour la démence et un phénomène évoquant une relation entre une dose croissante et un effet observé plus marqué », 
précise le chercheur.
Paul Benkimoun note par ailleurs que «
 l’augmentation du risque pour les personnes les plus exposées car vivant dans un rayon de 50 m autour d’un grand axe routier apparaît faible (+ 7%) ». Ray Copes souligne que « si cela n’est pas beaucoup à l’échelle individuelle, la population exposée est importante (20% de la population étudiée vit dans la zone la plus à risque) et les démences affectent déjà une population importante (plus de 10% des 75-84 ans). Des millions de personnes sont concernées par ce phénomène ».
De son côté, le Pr William Dab (épidémiologiste, Conservatoire national des arts et métiers, Paris) remarque : « 
La difficulté est que le fait de vivre à proximité de grands axes routiers est associé à énormément de caractéristiques sociales, professionnelles, nutritionnelles, éducatives, etc. Au sein de ces facteurs, qu’est-ce qui crée un complexe éventuellement causal ? ». Il ajoute que « l’association est robuste, mais il est prématuré de tirer une conclusion définitive. Cette étude soulève une hypothèse. Il convient maintenant de la tester ».
Le Figaro évoque pour sa part « 
un lien fragile entre pollution et démence », relevant lui aussi qu’« une étude constate une hausse de risque près des grands axes routiers, sans prouver un lien de cause à effet ».
Le journal livre la réaction du Pr Bruno Dubois, spécialiste de la maladie d’Alzheimer et chef de service à la Pitié-Salpêtrière (Paris, AP-HP), qui souligne que les auteurs «
 n’ont pas démontré qu’il y avait une atteinte des neurones du cerveau. Ils montrent qu’il y a une atteinte du fonctionnement du cerveau ».
Le Pr Philippe Amouyel (CHU de Lille), professeur de santé publique et directeur du laboratoire d’excellence (LabEx Distalz), remarque quant à lui que «
 les auteurs observent un gradient de risque à mesure que l’on habite de plus en plus près d’un gros axe de circulation, ce qui conforte la probabilité qu’il existe bien une légère augmentation du risque de développer une démence ».
Le Figaro livre aussi les propos du Pr William Dab, qui observe que « 
c’est une bonne étude, faite par une équipe remarquable, qui soulève l’hypothèse d’un lien entre le lieu d’habitation et le risque de démence, mais conclure que les polluants en sont la cause serait vraiment prématuré. C’est tout sauf évident ».
Il souligne que « 
d’une part, on ne connaît pas le lieu de travail des habitants, ce qui peut renforcer ou diminuer l’exposition. D’autre part, le fait d’habiter quelque part est une sorte de marqueur de condition de vie qui ne reflète pas que l’exposition à la pollution atmosphérique ».


09 01 2017

« Combien de dépressifs dans les cockpits ? »

Le Figaro

C’est ce que se demande Le Figaro, qui observe qu’« une étude américaine a montré que 12% des pilotes d’avion étaient dépressifs et que 4% avaient des pensées suicidaires ».
Cécile Thibert remarque ainsi que 
« près de 2 ans après le crash d’un Airbus A320 de la Germanwings, intentionnellement provoqué par le copilote de l’appareil, Andreas Lubitz, l’évaluation de la santé mentale des pilotes de ligne est plus que jamais au cœur des préoccupations. Pour la première fois, des chercheurs de l’École de santé publique de Harvard ont dressé un bilan ».
Le Figaro explique qu’
« entre avril et décembre 2015, ils ont envoyé par courrier électronique un questionnaire anonyme à près de 3.500 pilotes professionnels de 50 nationalités. Leurs résultats, publiés en décembre dans la revue Environmental Health, montrent que, sur les 1.848 répondants, 12,6% (233) sont dépressifs ».
« Un chiffre élevé : 5% de plus que la proportion de personnes âgées de 20 à 75 ans ayant connu un épisode dépressif en 2010 en France. Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que 4,1% d’entre eux avaient eu des pensées suicidaires dans les 2 semaines avant l’enquête », 
relève le journal.
Le Pr Henri Marotte, «
 en charge d’examiner les dossiers sensibles au sein du Conseil médical de l’aéronautique civile », précise : « Les pilotes ne sont pas davantage sujets à des troubles psychiatriques ou psychologiques que le reste de la population. […] Il faut arriver à les dépister suffisamment tôt et éviter qu’ils échappent au radar ».
De son côté, Eric Héraud, porte-parole de la Direction Générale de l’Aviation Civile, souligne que 
« les pilotes sont mieux surveillés médicalement que la population normale, certaines maladies sont prises en charge plus précocement et peuvent ainsi être mieux traitées ».
Le Figaro remarque qu’
« en France, 2 à 3 pilotes sont déclarés inaptes tous les mois par ce Conseil pour des motifs psychiatriques. Un chiffre qui représente, sur une période de un an, 0,5% au plus des 7300 pilotes actuellement en activité. Si pour certains cette interdiction conduit à un arrêt définitif de leur activité, ceux dont l’état de santé s’améliore peuvent envisager de revoler, sous réserve de la validation des médecins experts ».
Le journal s’interroge : 
« Qu’en est-il de ceux qui passent entre les mailles du filet ? ». Patrick Magisson, membre de la commission technique du Syndicat national des pilotes de ligne, déclare ainsi que « de nombreux pilotes cachent leurs problèmes pour ne pas courir le risque de se voir retirer leur licence, et donc de perdre leur métier ».
Le Figaro indique que 
« pour les médecins experts, le repérage des individus à risque s’avère délicat », le Pr Marotte relevant que « c’est le problème de la médecine déclarative : elle repose sur la bonne foi des gens. […] Récemment, j’ai vu un homme déclaré inapte définitif en raison d’une pathologie cérébrale dont il avait eu connaissance en 2001. Pendant toutes ces années, il l’avait cachée ».
Le quotidien ajoute que 
« certains pilotes préfèrent également dissimuler la prise d’un traitement ou ne pas se soigner du tout. C’est ce qu’ont révélé les données d’une entreprise américaine de conseil aux pilotes (l’Aviation Medicine Advisory Service), qui, entre 1992 et 1997, a reçu 1200 appels de pilotes dépressifs. Parmi eux, 60% avaient alors déclaré refuser de se soigner et 15% avaient annoncé leur intention de prendre des médicaments sans le déclarer ».
Le Figaro évoque un 
« autre obstacle pour les médecins : l’étanchéité du système ». Le Pr Marotte explique qu’« Andreas Lubitz n’avait pas déclaré à ses médecins traitants qu’il était pilote, et il n’avait pas dit aux médecins agréés qu’il était malade. Est-ce que la santé des pilotes devrait faire partie des levers du secret professionnel ? Ce n’est pas aux médecins d’en décider mais aux législateurs ! ».
Le journal souligne enfin qu’«
 à la Commission européenne, une modification du règlement est en cours et devrait mettre en place des tests surprises de drogue et d’alcool pour les pilotes et l’obligation pour les compagnies aériennes de s’assurer que tous les pilotes aient accès à une cellule de soutien psychologique en cas de besoin. Autre changement prévu : l’instauration d’une évaluation psychologique avant embauche des pilotes, qui n’est actuellement pas obligatoire ».
Le quotidien ajoute que 
« pour le Pr Marotte, responsable de l’enseignement de la médecine aérospatiale à l’université Paris Descartes, la plus importante de ces réformes à venir est l’enrichissement de la formation des médecins experts en matière de psychiatrie ».


11 01 2017

« Le somnifère Stilnox bientôt prescrit comme un stupéfiant »

Le Monde

Le Monde fait savoir que « le zolpidem, hypnotique plus connu sous le nom de Stilnox, va voir son accès restreint, selon le « Journal officiel » du 10 janvier ».
Le journal note ainsi qu’
« effectuée en cas d’insomnie sévère, la prescription du zolpidem […] va bientôt être plus strictement encadrée. Un arrêté du ministère de la santé […] lui applique pour partie la réglementation des stupéfiants ».
« La décision est justifiée par le «risque de pharmacodépendance, d’abus et d’usage détourné», selon les termes de l’arrêté. Dans 90 jours, les patients devront se munir d’une ordonnance sécurisée pour s’en procurer », 
retient Le Monde.
Le quotidien précise que ces ordonnances,
 « imprimées sur un papier spécial plus difficile à falsifier, indiquent la posologie exacte précisée par le médecin. Elles devraient empêcher les consommateurs dépendants d’aller voir différents médecins pour s’en faire prescrire plusieurs fois ».
Le Monde ajoute que 
« l’objectif des autorités sanitaires est de limiter le nombre de prescriptions. L’Agence nationale de sécurité du médicament estime qu’en 2012, 22 millions de boîtes de zolpidem ont été vendues en France. Certains patients vont voir des médecins différents, en multipliant les ordonnances pour pouvoir se procurer plus de boîtes du médicament ».
Le journal observe que 
« le zolpidem fait encourir aux patients un risque de dépendance. […] Les patients recherchent les effets relaxants, et paradoxalement dopants, du produit. Certains d’entre eux arrivent à en consommer jusqu’à une dizaine au cours de la journée. Ce médicament est aussi utilisé par les usagers réguliers de drogue, qui se l’injectent ou le sniffent. Les toxicomanes coupent parfois l’héroïne avec du zolpidem, pour amortir l’inconfort de la descente ».
Le Monde livre la réaction d’Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, qui 
« comprend mal cette décision sanitaire. Elle aimerait la voir étendue aux médicaments semblables au Stilnox. Pour elle, l’encadrement des prescriptions devrait également s’appliquer aux autres benzodiazépines ».

 


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